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Jean-Rabel: l'hospitalité comme enseigne
On entre à Jean-Rabel comme on entre dans
n'importe quelle autre ville du pays. Il n'y a aucune enseigne pour indiquer
quoi que ce soit. On sait simplement que l'on est arrivé et, si l'on a
encore des doutes, il suffit de demander. Comme partout ailleurs chez nous,
les gens sont accueillants et les étrangers sont en général reçus comme des
princes et traités comme tels.
Si l'on arrive par la route qui traverse Mare Rouge, il peut être
carrément impossible d'accéder à la ville de Jean-Rabel car s'il pleut, la
rivière peut tout simplement couper la route et, vu l'absence de pont, il
n'y a qu'à prendre son mal en patience et attendre que les eaux se calment.
Au premier abord, la ville n'a rien d'attrayant avec ses rues en mauvais
état coupées, par endroit, par des rigoles remplies de déchets en plastique.
Des rues où des véhicules passent en soulevant des nuages de poussière.
Vieille de 264 ans, la ville de Jean-Rabel, qui pourtant est commune depuis
1947, n'est pas drainée, ce qui ne facilite pas l'entretien du réseau
routier et, du train où vont les choses, si l'on ne met pas rapidement la
main à la pâte, bonjour les dégâts, car les risques d'inondation sont
particulièrement élevés. Le reboisement des bassins versants est une
obligation tout aussi pressante.
Jean-Rabel est pourtant une ville qui grouille d'activités. C'est, dans le
Bas-Nord-Ouest l'agglomération la plus vivante. Les rues sont pleines de
monde et les activités commerciales vont bon train. Sa position géographique
ainsi que sa proximité par rapport à la ville de Port-de-Paix, le chef-lieu
de l'arrondissement, en font un centre vital des activités du Bas-Nord-Ouest.
De nombreuses organisations non gouvernementales qui travaillent un peu
partout dans le département, dans différents domaines, y ont élu domicile.
Malgré son air négligé, les choses ne vont pas si mal que ça pour Jean-Rabel,
même si la municipalité ne sait par où commencer pour faire face aux
nombreux problèmes de la ville.
Santé
Jean-Rabel dispose d'un hôpital, un vrai qui, en dépit de certains problèmes
comme le manque d'équipement, est le principal centre hospitalier de la
région. Les cas les plus complexes sont référés à Port-de -Paix. Il n'y a qu'
une ambulance qui est censé desservir toute la commune. Quand on connaît
l'état des routes, on imagine facilement qu'il ne doit pas être exploité de
façon optimale. Il existe plusieurs dispensaires réparties dans plusieurs
sections communales. Cependant, les 5e, 6e, 7e sections en sont dépourvues.
L'hôpital se retrouve malheureusement dans une situation assez critique en
période pluvieuse. Les risques d'inondation sont très élevés, d'autant plus
que le bâtiment se retrouve pratiquement dans le lit de la rivière. En
plusieurs occasions, il a été nécessaire d'évacuer les malades. Une
situation pour le moins, inquiétante et qui demande une réponse urgente
quand on sait que ce centre dessert, outre les 135000 âmes de la commune,
celles de communes avoisinantes, comme Baie de Henne.
Education
La ville est assez bien fournie,
question éducation. Il y a de nombreuses écoles qui fonctionnent dans
des conditions plus ou moins admissibles, avec un niveau assez
intéressant et un taux de réussite convenable. Pourtant, certains
problèmes cruciaux se posent au niveau de l'enseignement public. Il n'y
a que 13 professeurs présents pour le seul lycée de toute la commune, ce
qui est loin d'être suffisant pour assurer un enseignement valable aux
écoliers du secondaire.
Certaines sections comme Lacoma, Guinaudée n'ont carrément pas d'école.
Pour d'autres, la situation se présente autrement. Les écoles sont là,
vides, faute de professeurs, et les enfants doivent parcourir de longues
distances pour avoir accès au pain de l'instruction, un pain qu'ils ne
peuvent pas bien digérer, fatigués et affamés qu'ils sont avant même
d'arriver en classe.
Energie
Il n'y a pas de problème d'électricité à Jean-Rabel. Il n'y pas
d'électricité tout court. De plus, pratiquement tout le réseau est à
refaire. Pourtant, il y a quelques temps, l'électricité existait dans la
ville. Les génératrices sont encore là pour le prouver. De l'avis du
maire principal, Isaac Civil, le vrai problème est de trouver les
ressources nécessaires pour remettre le réseau sur pied et résoudre les
problèmes d'alimentation en carburant. Les rues pourraient pourtant
bénéficier d'un minimum d'éclairage si l'on y installait des lampadaires
fonctionnant à l'énergie solaire, une option fiable et viable.
Economie et environnement
La ville continue à survivre malgré la destruction de sa principale
ressource, l'agriculture, réduite à un état embryonnaire à cause du
déboisement et de la déforestation intensive de toute la région en
général, et des bassins versants en particulier. D'un autre côté, les
conséquences de la destruction d'une bonne partie des canaux
d'irrigation se font sérieusement sentir, de même que la destruction
d'un aqueduc qui passait non loin de l'hôpital et qui arrosait environ
une cinquantaine d'hectares cultivables.
Le commerce du charbon et la production de chaux sont les principales
causes du déboisement.
Sécurité
Une quinzaine de policiers sont affectés au Commissariat de la commune
où ils travaillent dans des conditions vraiment difficiles rien qu'avec
une seule moto en dépit de la dimension du territoire qu'ils doivent
couvrir.
La MINUSTAH, très présente et très active dans la région, a développé
des rapports assez étroits avec la population.
Services d'Etat
Les services d'Etat sont mal logés. Le tribunal est dans un état plus
que pitoyable et seule l'attente d'un nouveau bâtiment par la MINUSTAH
donne le courage de patienter devant le délabrement total de la masure
où officient nos honorables juges.
Le bureau de la représentation de la Direction Générale des Impôts (DGI)
n'est pas mieux logé, et le pauvre et unique employé qui y travaille en
tant que percepteur doit grimper un escalier abrupt et suspect pour
remplir ses devoirs. Et si, par malheur, il tombe malade, il n'y a
personne pour le suppléer.
A Jean-Rabel, il y a vraiment beaucoup à faire mais l'espoir est là. En
prenant les mesures qui s'imposent avec une vision de développement à
long terme, dans une dizaine d'années, les résultats pourraient dépasser
les espérances, tenant compte du potentiel réel de la région.
Patrice-Manuel Lerebours
patricemanuel@yahoo.com
plerebours@lenouvelliste.com |
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